Le botero cubain en trois arrêts

Alors que le prix des billets entre Cuba et les Etats-Unis promet de baisser en raison du rétablissement progressif des liaisons par avion, le prix des taxis privés à la Havane augmente. La question en trois arrêts.

Nous sommes à La Havane où vous entendez souvent le mot Botero… Oubliez l’art contemporain! Si vous cherchez un botero à La Havane, vous tomberez sur un taxi pas comme les autres.

Botero (ou almendron),  désigne les vieilles voitures américaines qui assurent des trajets prédéterminés à travers la capitale et ses alentours ainsi que ses conducteurs. Avant de monter il faut demander quel trajet est desservi. Ces taxis à la cubaine se partagent et ne soyez pas surpris, il faut se serrer pour accueillir le plus grand nombre de passagers.

La musique (et le volume!) est du choix exclusif du conducteur, qui parfois est bavard, parfois non, parfois poli, parfois mal luné, parfois fumeur, parfois non. Les fenêtres parfois sont fermées et bloquées même s’il fait très chaud… ou bloquées et ouvertes sous la pluie. Vous n’y trouverez ni ceinture, ni taximètre. Les prix sont établis par avance en fonction du trajet. Ils ne sont pas négociables y peuvent augmenter sans raison apparente. A prendre ou à laisser. Il y a quelques mois on pouvait traverser la ville pour 10 pesos, maintenant le trajet de l’intersection 19 y 70 (municipe Playa) jusqu’au Coppelia dans le quartier Vedado coûte 20 pesos. Soit presque un dollar.

Tout le monde râle contre les boteros, mais la réalité c’est qu’en l’absence d’autre solution, le transport dans la capitale serait impossible sans eux. Le pire, est que les prix augmentent sans arrêt. Le transport public étant presque inexistant, la population se voit prise en otage par ce type d’augmentation arbitraire et démesurée des prix qui répond certes, à la demande, mais surtout à l’absence de concurrence et de régulation.

Une vie de botero

Du côté des chauffeurs le jeu n’est pas simple. Soit ils travaillent pour un propriétaire d’une ou plusieurs voitures et dans ce cas ils perçoivent une rémunération variable, soit ils conduisent leur propre véhicule mais doivent faire face aux dépenses d’entretien, astronomiques et difficiles à mener du fait de carences de pièces d’origine et du coût de la main d’œuvre (également privée et déréglementée) des mécaniciens. En gros, être « botero » permet d’acheter les produits basiques pour vivre, sans plus.

Pour expliquer donc la hausse récente des prix des courses, les conducteurs et propriétaires renvoient au coût de la vie en générale et aux prix des produits de première nécessité vendus uniquement dans les supermarchés en devises.

Le prix du carburant y est également pour beaucoup. Pour donner une idée, dans la rue le litre de pétrole s’achète à pas moins 10 pesos (environ 50 centimes de dollar) et le litre d’essence coûte presque 1 CUC (1 dollar). Dans le réseau de l’état les prix sont de 1 CUC le litre de diésel et 1,20 le litre d’essence, et la consommation des vieilles voitures est 4 voire 5 fois plus importantes que celle des voitures modernes, environ 10km par litre de diésel.

Une réparation complète de moteur coûte 1000 CUC, les pneus 120 CUC pièce. L’état de son côté ne propose aucune alternative pour les professionnels qui sont obligés soit de se fournir au marché noir soit d’acheter très cher sur les magasins d’état.

Cette économie informelle fait tomber les chauffeurs dans un double piège, car sans justificatif d’achat ils ne peuvent pas déduire les charges réelles dans leur déclaration fiscale et doivent se conformer avec 20% d’exonération, alors que les frais d’entretien d’une voiture de plus de 60 ans est bien supérieure à ce pourcentage.

Une autre question est le quota non officiel de voyages déclarés au fisc. Si le chauffeur déclare moins de sept voyages à 10 pesos par tête il devient  suspect et fait l’objet de contrôles, donc ils sont forcés à réaliser plus de 7 voyages par jour afin de compenser les jours de panne et de repos… ou d’augmenter le prix de la course. La réalité est que l’administration fiscale ne compte pas avec un mécanisme efficace et face à l’absence de factures et des preuves dans les transactions, le contrôle est complètement empirique.

Un calcul récent, ratifié par plusieurs conducteurs signale un revenu mensuel d’entre 200 CUC et 300 CUC, une moyenne pour une personne gérant une seule voiture, et qui travaille 8 heures 20 jours par mois. Le salaire moyen à Cuba est d’environ 24 dollars par mois, faites vos comptes.

Taxiiiiii !!!

Du côté des passagers le constat n’est pas encourageant. Le service est irrégulier et de qualité médiocre. Des voitures sales, des chauffeurs mal polis et impatiens, la conduite dangereuse, et des véhicules qui ne respectent pas les normes techniques font partie des plaintes.

Quelle solution ? Dans l’immédiat je n’en vois aucune. A long terme un contrôle rigoureux de l’état des véhicules serait idéal, mais mettrait K.O. la plupart d’entre eux. Un contrôle des paramètres assurant la sécurité des voyageurs ne serait pourtant trop demander.

Une formation préalable et l’établissement d’une licence professionnelle pourrait garantir le respect des règles de la circulation et diminuer le nombre d’infractions et la dangerosité routière. Une visite médicale obligatoire, un casier judiciaire vierge, des notions de secourisme, les passagers méritent bien cela.

La réglementation du service accompagnée de l’accès des professionnels aux réseaux de vente de pièces détachées et des révisions régulières permettrait ralentir la hausse de prix. Mais sans alternative proposé par l’état, ni concurrence les boteros gardent la main sur les 175 mil courses journalières estimées… Il faut que j’y aille, mon Uber arrive !

 

Basé sur un article de José Raúl Concepción Llanes, des informations de Diego D. Seuret. Mars 2016

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